La Tour de Londres

Sans la mer, la Tour de Londres (The Tower), elle non plus, n'aurait sans doute jamais été construite. C'est en effet pour protéger sa nouvelle capitale d'éventuels envahisseurs qui, venus de la mer, auraient remonté la Tamise, que Guillaume le Conquérant décida, dès 1067, d'édifier un ouvrage militaire en bordure du fleuve et à proximité de l'enceinte fortifiée. On l'appela la Tour Blanche à cause de l'éclatante blancheur du calcaire qui avait servi à la construire. Au Xlll" s., sous les règnes d'Henry III et d'Edouard I"', la Tour Blanche a été encerclée par une double enceinte fortifiée, la transformant en une vaste et redoutable forteresse. Elle n'en a pas moins continué à s'appeler tout simplement La Tour. Cet imposant ouvrage défensif n'a cependant jamais eu à subir le moindre assaut important. Mais les souverains britanniques lui ont facilement trouvé d'autres raisons d'être, l'utilisant parfois comme résidence, mais surtout comme prison. Si les épaisses murailles n'eurent pas à s'opposer à l'entrée d'assaillants, elles s'avérèrent efficaces pour empêcher les détenus de fuir. Le sang des batailles n'a pas sali ses murs, mais celui des exécutions y a souvent coulé.La liste est interminable de tous ceux qui périrent ici ou qui y furent simplement internés. Parmi les prisonniers, citons les célèbres Bourgeois de Calais, prisonniers d'Edouard III, le Roi de France Jean le Bon, Charles d'Orléans, le poète Geoffrey Chaucer, auteur des Contes de Canterbury, le Roi Jacques I6' d'Ecosse. Pour d'autres, le séjour à la Tour eut de plus tragiques conséquences : Henry VI. interné par son cousin et rival, le duc d'York, qui le fit étrangler pour pouvoir devenir roi sous le nom d'Edouard IV , le duc de Clarence, que son frère Edouard IV, encore lui, fit noyer dans un tonneau de vin ; les malheureux enfants de ce triste Edouard IV étouffés sur ordre de leur oncle Richard de Gloucester, le futur Richard III ; le Chancelier Thomas More. décapité pour catholicisme ; Ann Boieyn et Catherine Howard, deux des femmes d'Henry VIII. Mieux vaut arrêter là cette sinistre énumération. La Tour a cessé d'être utilisée comme prison au siècle dernier. Mais pendant les deux guerres mondiales, elle a de nouveau accueilli des détenus ; et notamment Rudolf Hess, le dauphin d'Hitler.La Tour n'a pas compté que des humains parmi ses hôtes forcés. Jusqu'à la création du zoo de Regent's Park, elle accueillit la ménagerie royale. De nos jours encore, des animaux vivent à l'abri de ses murs crénelés. Il s'agit de corbeaux entretenus aux frais de la Couronne et à la surveillance desquels un garde est spécialement affecté. On se montre d'autant plus attentif à leurs soins qu'une légende affirme que la forteresse disparaîtrait si d'aventure ils venaient à la déserter.Aujourd'hui, la Tour reste une place militaire dotée d'un arsenal et d'un corps de troupe qui assure la protection des joyaux de la Couronne. Ce corps est composé de soldats de la Household Division (à l'occasion de leur relève, une prise d'armes se déroule dans la cour intérieure à 11 h 30, tous les jours d'avril à septembre, tous les deux jours d'octobre àmars), et surtout d'une quarantaine de Yeomen of the Guard (leur titre officiel est honorary members of the Queen's Bodyguard of the Yeomen of the Guard). Recrutés parmi d'anciens sous-officiers, ils sont familièrement surnommés les Beefeaters (mangeurs de bœuf) sans que l'on sache trop bien si cette expression tire son origine du fait qu'ils touchaient jadis une ration de bœuf ou s'il s'agit de la déformation du vieux mot français buffetier. gardiens du buffet royal Ces Yeomen sont surtout célèbres pour leur uniforme : chapeau rond et longue tunique bleu foncé ornée de fa couronne et du monogramme royal E II R (Elizabeth II Regina). Mais dans les grandes occasions, ils revêtent une tenue plus fantastique encore qui n'a pas été modifiée depuis le début du XVI" s., tunique rouge à fraise, culotte et bas de soie.